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Filmer à la bougie : la leçon de Barry Lyndon

Photo du rédacteur: Arnaud Masson
Arnaud Masson
il y a 2 jours
2 min de lecture

Bien avant le cinéma, des peintres ont passé leur vie à peindre la lumière d'une seule flamme. Georges de La Tour, au XVIIe siècle, en a fait son univers : des visages qui sortent de la nuit, éclairés par une bougie. En 1975, Stanley Kubrick va chercher la même sensation, mais avec une caméra.

Le défi

Barry Lyndon se déroule au XVIIIe siècle. Kubrick veut que les intérieurs nocturnes soient éclairés comme à l'époque : à la bougie, rien d'autre. Problème, la pellicule et les objectifs de cinéma de l'époque n'ont pas assez de sensibilité. Une bougie, c'est presque le noir complet pour une caméra.

La solution

L'équipe trouve des objectifs Zeiss d'une ouverture exceptionnelle, f/0.7, conçus à l'origine pour la NASA. Ils sont adaptés à une caméra de cinéma. Avec le chef opérateur John Alcott, Kubrick peut enfin filmer des visages éclairés par des chandeliers. La profondeur de champ est minuscule, les acteurs doivent rester quasiment immobiles. Mais l'image est unique : chaude, dorée, vibrante, comme une toile.

Ce que ça nous apprend

  • La lumière juste est souvent la lumière existante : avant d'ajouter des projecteurs, regardez ce que le lieu vous offre.

  • La technique sert une intention : Kubrick ne cherche pas l'exploit, il cherche une vérité d'époque.

  • L'obscurité fait partie de l'image : on n'est pas obligé de tout voir. Ce qu'on devine compte autant que ce qu'on montre.

Aujourd'hui

Les capteurs actuels voient dans la pénombre. Ce qui demandait des objectifs spatiaux en 1975 se fait avec une caméra qu'on porte à la main. On a filmé des vignes la nuit, éclairées par les bougies antigel, sans un seul projecteur. La technique a rattrapé l'intention. Mais l'intention, elle, reste à trouver à chaque fois.

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